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  • Talia

Une semaine pour enfin me dévoiler

Dernière mise à jour : 22 juin 2020

Le jour où j’ai commencé à fréquenter une fille pour la première fois, début août 2014, en pleine canicule et rapidement très amoureuse, il n’était pas question pour moi de vivre tout cela en cachette. Ma soeur et deux amies étaient déjà au courant, mais je devais le dire à tout le monde rapidement. En une semaine, j’avais vu tous mes proches, en commençant par ma mère et en terminant par mon père. Tous ceux à qui je devais en parler moi-même ont été obligé de me voir cette semaine-là, qu’ils aient le temps ou non, qu’ils aient été loin ou pas.


Quand je l’ai dit à ma mère, j’ai utilisé pour la première fois la phrase que j’ai ensuite répété une dizaine de fois durant la semaine, soit : ‘’J’ai rencontré quelqu’un… (pause silencieuse). C’est une fille. ‘’ Ma mère s’est aussitôt mise à me bombarder de questions sur l’identité de cette personne, son emploi, la manière de notre rencontre, mais sans relever le fait que c’était une fille. Quand je suis partie du restaurant ce soir-là, je me suis dit qu’elle n’avait pas compris ce que je venais de lui dire en fait. Le lendemain matin, elle m’a écrit sur messenger pour me demander si elle avait bien réagi à mon annonce, pour me dire qu’elle n’avait pas voulu faire de différence de si je lui avais dit que j’étais avec un gars... Quelle mère quand même!


J’ai ensuite vu plusieurs amis pour leur en parler, la majorité ont été surpris sur le coup puis à force d’y réfléchir… plus tellement. J’avais au fil des années essayer de différentes manières, surement trop subtiles, de laisser filtrer des trucs (avoir I kiss a girl de Katy Perry en sonnerie de téléphone, être obsédée par le film Mambo Italiano, quelques commentaires par ci, par-là) mais personne n’avait capté mes charmants signaux. Je m’étais toujours promis de ne jamais mentir si quelqu’un me posait la question directement, alors j’essayais de créer des moments…


Puis je suis tombé malade, infection dans la gorge, antibiotique, fièvre. J’avais parlé avec mes proches toute la semaine de quelque chose de tellement enfoui profondément en moi depuis des années, que je pense que c’était normal que je finisse avec un mal de gorge aussi intense. Il ne me restait que mon père à voir. Il m’a bien proposé de remettre notre dîner au restaurant, mais j’allais mis rendre coûte que coûte. Je n’ai rien mangé rendu au restaurant, je n’ai probablement pas participé à la conversation non plus, jusqu’à ce que je finisse par utiliser cette fameuse phrase clé pour la 11e fois de la semaine. ‘’ Papa, j’ai rencontré quelqu’un, c’est une fille’’. Mon père m’a aussitôt pris dans ses bras, m’a dit qu’il m’aimait et que ce n’était pas la peine, pour ça, de me mettre dans cet état. Michèle, sa blonde, a raconté une anecdote sur quelqu’un qu’elle connaissait qui était gai (parce que ma belle-mère connaît toujours quelqu’un sur tous les sujets) et ils m’ont ramené chez moi aussitôt. Allez hop, au lit! J’étais sur le bord des hallucinations à cause de la fièvre. Mais c’était enfin fait!


Le lendemain, est-ce la magie des antibiotiques ou du coming out, je ne le saurai jamais, mais j’étais guéri. Alors que depuis plusieurs années, je faisais des infections de gorges similaires régulièrement, depuis ces six dernières années, ça a dû m’arriver deux fois peut être. Pour moi, c’est une preuve irrémédiable de l’impact des secrets sur notre corps. Être pansexuelle n’est qu’une partie de moi, je suis tellement plein d’autres choses, mais c’est quelque chose qui influence tous ces autres aspects de qui je suis et de l’avoir compris, de pouvoir le vivre, fait de moins une personne épanouie comme jamais je n’aurais pu l’être si la vie ne m’avait pas fait comprendre qui j’étais et vers qui mon amour pouvait être dirigé.





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