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  • Talia

L'empathie médicale... Partie 1

J'écoutais un podcast féministe la semaine dernière qui parlait des violences gynécologiques. Je n'ai écouté que le tier, j'ai dû faire pause. Je compte le terminer à petites doses parce que c'est difficile d'entendre les témoignages de toutes ces femmes qui n'ont pas été traitées avec respect de la part des professionnels de la santé. Je suis sensibilisé au sujet, je lis, je m'informe afin de me protéger et me préparer. Pour quand je vais chez le médecin moi-même. Je ne veux pas me retrouver en position de vulnérabilité, je veux être prête à répondre à leurs commentaires, à leurs jugements, à leurs regards. Je me croyais vraiment assez informé pour être une super héroïne sur le moment et savoir du tac-o-tac leur répondre avec force et juste assez de sarcasmes pour qu'ils réalisent instantanément leur erreur. Mais on fige, on devient muette et ensuite pendant des jours on rejoue les scènes dans notre tête en se maudissant d'avoir pas su réagir. On se demande à qui écrire, à qui parler, comment leur faire comprendre qu'ils nous manquent de respect vêtu de leur cape/sarrau qui semble leur donner tous les droits. Dans les derniers jours, j'ai été vulnérable durant un rendez-vous en clinique de fertilité pour mon projet d'insémination en solo parentalité.


Déjà, la solo parentalité, qu'est-ce que c'est? Eh bien c'est moi, 30 ans et toutes mes dents qui a décidé d'avoir un enfant seule en utilisant un donneur de sperme. Un choix longuement réfléchi et complètement fou à la fois mais qui colle parfaitement à qui je suis.


Vendredi matin, je me rends à la clinique pour faire une échographie de l'état du développement de mon ovule superstar du mois. Est-il prêt à se faire féconder? C'est la grande question du jour. Ce n'est pas mon premier essai, je sais comment ça marche, je me sens donc assez en confiance. Le médecin entre dans la pièce où je suis déjà couché sur un lit, bas dénudé, pieds relevés, couvertures pour me cacher. Il prépare son matériel, ouvre son écran, applique le lubrifiant sur le machin chose à insérer, un condom, encore plus de lubrifiant, lève la couverture, insère son machin chose, le bouge pour bien voir. Le voilà, un ovule de 19... 19 quoi? Aucune idée, mais il dit 19. Il me prévoit une insémination pour lundi matin, bonne journée, bonne chance, il est parti, je m'essuie entre les jambes et me rhabille. Probablement que plusieurs d'entre vous auront déjà vu, voire ressenti, où est-ce que cette séquence d'événements bug. Je vous la redonne pour celles qui n'étaient pas attentives, ça arrive. Il prépare son matériel, ouvre son écran, applique le lubrifiant sur le machin chose à insérer, un condom, encore plus de lubrifiant, lève la couverture, insère son machin chose, le bouge pour bien voir. Le voilà, un ovule de 19...


Vous voyez maintenant? Entre la dernière couche de lubrifiant et l'insertion du machin chose, il n'a pas pris de pause. Il ne m'a pas regardé dans les yeux. Il ne m'a pas demandé si j'étais prête. Il ne m'a pas rassuré que ça serait froid, mais pas long. Il ne m'a pas dit que maintenant il allait l'insérer. Lève la couverture, insère son machin chose, le bouge pour bien voir. Et je n'ai rien dit, je n'ai pas arrêté son geste, je n'ai pas dit: Minute papillon, peux-tu m'avertir? Calme toi le cowboy, peux-tu y aller doucement! Il a suivi une séquence de gestes automatiques pour lui, il a pris pour acquis que vu que j'étais là couchée et dénudée, mon vagin était prêt à une insertion à tout moment. Je n'ai rien dit, je n'ai rien dit parce qu'il parlait pendant tout ce temps-là et ça ma étourdit, m’a enlevé la parole.


Je l'ai entendu parler en rigolant du fait que ma mère ne m'avait sûrement pas expliqué que ça se passerait comme ça quand je ferais un bébé; un hôpital, des rendez-vous, des médecins... Je ne peux qu'imaginer une femme avec des difficultés de fertilité qui rêvait de concevoir avec son partenaire, qui doit faire le deuil de la manière traditionnelle et qui aurait été à ma place, à recevoir cette tentative de blague de vieux mononcle. Ça m'a fait mal même si pour moi, cette option est mon choix. J'ai trouvé ça violent parce que je suis empathique. Vous savez, l'empathie? Ce qui fait qu'on pose des gestes en fonction des sentiments des autres... pas enseigné en médecine gynécologique fort fort on dirait.






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