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  • Talia

Mon corps, elle aime les toasts.

Le déjeuner a toujours été le repas le plus important pour moi, depuis que je suis toute petite. J’ai des souvenirs très vifs des déjeuners que je mangeais avant d’aller à l’école, des déjeuners au restaurant en famille, des pains dorés de mon père. J’adore manger sucré salé, le déjeuner est donc pour moi un paradis de textures et de goûts. Je ne mange jamais deux toasts avec la même chose dessus. Je me rends même souvent à couper les tranches de pain en deux pour pouvoir choisir plus de saveur. Mon ex disait que c’était parce que je suis pansexuelle, ça faisait partie de moi jusqu’à mon incapacité à choisir une seule sorte de condiment sur mes toasts. Chocolat et bleuets d’un côté et fromage cheddar et beurre de l’autre, en ce moment c’est mon jam. Par contre, quelle source de culpabilité ce déjeuner. Le bacon, les saucisses, le chocolat en tartine, le caramel sur des crêpes, la sauce hollandaise et les patates rissolées… De toutes les fois où je me suis imposée un régime, c’était le pire repas pour moi. Un, parce que je me mettais en guerre avec mon corps avant même d’avoir pris ma douche et aussi parce que une cuillère de yogourt grec nature et une tranche de pain brun, pour moi c’est une torture.


Quand j’étais jeune, il y avait toujours deux sortes de céréales chez moi. Des céréales sucrées du type Kellogg et des trucs à l’avoine avec des fruits séchés, pour ma mère, qui était aussi prise dans les griffes des régimes. Je détestais déjà ces céréales-là, elles ne me procuraient aucun plaisir, mais leur existence dans mon garde-manger me faisait toujours sentir coupable. La culpabilité alimentaire, c’est fort et ça se base sur des faits tellement incohérents. Ces céréales-là n’étaient pas meilleures, elles avaient juste un emballage plus sobre qu’un gros tigre avec un sourire charmant qui m'attirait dans les affres du sucre. Un autre souvenir que j’ai de cette incongruité sur les ingrédients du déjeuner est avec mon père. Il y avait beaucoup de notions d’aliments interdits chez moi, on avait rarement des aliments du style Pop tarts ou nutellas. Alors quand il y en avait, c’était la joie, ça rendait la chose encore plus excitante qu’elle l’était. On ne se concentrait plus sur le goût, mais sur l’émotion que cela procurait. Je me souviens, je devais être au début secondaire, mon père m’avait proposé de manger de la confiture de fraises sur mes toasts plutôt que du nutellas en me disant ‘’que ça serait mieux pour ma santé’’. Cette phrase anodine, prononcé par mon père qui a dit ça juste de même, surement en train de faire trois autres choses en même temps pour ne pas être en retard au travail, m’a profondément marqué. Je voyais déjà que c’était incohérent, la confiture était aussi sucrée, si ce n’est pas plus, mais parce qu’à la base elle contenait des fruits, je sauvais ma santé! C’est à partir de ce moment-là que j’ai commencé à manger deux toasts différents. Une santé et une pour mon plaisir. Alors tous les matins ou presque, ma journée commençait avec un demi-sentiment de culpabilité et l’illusion que mon toast à la confiture rachetait celle au caramel.


Le premier objectif que j’ai travaillé avec ma nutritionniste concernait le déjeuner. Imaginez le reste de la journée, quant à peine réveiller la culpabilité alimentaire envahit déjà ton esprit. Mon objectif était de manger maximum trente minutes après le réveil (le vrai réveil là, pas la foi où je me suis levé à 5h pour aller aux toilettes pour la 24e fois de la nuit). J’avais toujours déjeuné le matin, mais mon horaire ayant toujours été très changeant, il m’arrivait de manger sur le pouce, au Tim, dans l’auto en conduisant après un premier rendez-vous, etc. Alors avec cet objectif, venaient les grandes questions. Mais manger quoi? Quel aliment? En quelle quantité? Ce n’était pas important. Peu importe ce que je mangeais, je devais seulement réussir à instaurer dans ma routine un premier repas trente minutes après mon réveil. J’avais des doutes, mais après plusieurs semaines à repousser cela au fond de ma pensée, j’ai donné une chance à l’exercice.


Ayant privé mon corps pendant tellement d’année des aliments qu’elle aimait manger, elle ne pouvait plus en prendre. Elle percevait tout délai dans la réponse à sa faim comme une autre privation et se mettait en mode urgence, panique. Je résume ainsi dans mes mots les belles paroles de ma nutritionniste pour m’expliquer pourquoi après une nuit de sommeil, mon corps est affamée et quand elle commence sa journée en mode panique, il y a peu de chances que notre relation se déroule bien. De toutes les choses que j’ai apprises en thérapie sur l’alimentation bienveillante, je crois que c’est le principe qui a été le plus marquant pour moi. Déjeuner est devenu comme une méditation. Dès que je me réveille, je pense à ce que j’ai envie de manger. Je me connecte sur mon corps, je la salue après 8 à 10 heures d’inconscience endormie en lui permettant de créer des images extraordinaires d’un toast beurre de peanuts et confiture de fraise ou chocolat et bananes ou pains dorés garnis de petits fruits ou juste d’un muffin préparé la veille. Ça nous permet de nous rapprocher dès le début de notre aventure.


Plus d’un an après avoir intégré cette routine dans ma vie, j’en vois les effets positifs à tous les jours. Bien sûr, ce n’est pas que ça. J’ai aussi pleins d’autres aspects de ma conception des aliments et de l’alimentation intuitive que j’ai accueilli dans ma vie et qui me font du bien, mais celui-là reste quand même la première chose que je fais le matin. Je me centre sur moi-même, ce qui ma foi, peu rarement nuire au bien être!



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